Taux de mortalité standardisé en Belgique, 2020 -- Standardized Mortality Rate in Belgium, 2020

Publié le 9 Avril 2021

9 avril 2021

Christophe de Brouwer, MD, PhD

Full-professeur hre de l’École de Santé publique de l’Université libre de Bruxelles.

Correspondance : de.brouwer.christophe@ulb.ac.be

 

Ce travail se trouve sur

 

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Résumé

Pour comparer la mortalité de différentes années, l’utilisation du taux de mortalité standardisé est la méthode de choix. La méthode de standardisation directe est utilisée, selon le profil belge de la population en 2020, le profil fictif de la population européenne établie en 1990 et le profil fictif de la population mondiale établi 2001. Les années 2000 à 2019 furent observées pour cette comparaison avec l’année 2020 qui se caractérise par deux phases épidémiques de sars-cov-2 et d’une mortalité significative liée à une canicule.

Les années de la décennie ‘2000’ montrent toute une mortalité supérieure franche à 2020, sauf l’année 2009 qui est équivalente. Comme l’année 2020, l’année 2003 montre une mortalité spécifique de la tranche d’âge 85 ans et plus. Pour la décennie ‘2010’, les résultats, sur profil belge, montrent une sous-mortalité de l’année 2020 pour la tranche d’âge de 0 à 24 ans, pour les deux sexes par rapport à toutes les autres années étudiées. La mortalité de la tranche d’âge 25-44 ans est assez équivalente entre les années. La mortalité de la tranche d’âge 45-64 montre une augmentation de la mortalité des années 2010 et 2012 par rapport aux autres années qui restent groupées. Pour la tranche d’âge 65-74 ans et 75-84 ans, la mortalité de l’année 2020 rejoint la mortalité des années 2010 et 2012, alors que l’année 2015 devient intermédiaire. La mortalité de la tranche d’âge 85 ans et plus montre une augmentation pour l’année 2020 par rapport aux autres années. C’est en cela que l’année 2020 est spécifique par rapport aux années précédentes.

L’analyse des données sur profil européen et mondial confirme les données sur profil belge et montre toute l’importance de la structure de la pyramide des âges pour comprendre la mortalité belge de 2020, à tel point, a contrario, que l’analyse sur profil mondial fait largement disparaître l’excès de mortalité de cette année-là.

En conclusion, l’observation de la mortalité de 2020 montre un épisode morbide essentiellement lié au vieillissement de la population. Une mauvaise gestion sanitaire comme facteur aggravant ne peut être écartée. Il est dès lors raisonnable de poser l’inutilité des mesures de contrôle social qui furent prises indifféremment des classes d’âges et la nécessité d’une prise en charge cohérente sur le plan de la santé individuelle de nos aînés.

 

Mots clés

Santé publique ; taux de mortalité standardisé ; standardisation directe ; mortalité ; Belgique.

 

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Abstract

To compare mortality in different years, the use of the standardized mortality rate is the method of choice. The direct standardisation method is used, according to the Belgian population profile in 2020, the fictitious European population profile established in 1990 and the fictitious world population profile established in 2001. The years 2000 to 2019 were observed for this comparison with the year 2020, which is characterised by two epidemic phases of sars-cov-2 and significant mortality linked to a summer heat wave.

The years of the decade '2000' show all mortality clearly higher than 2020, except for the year 2009, which is equivalent. As in 2020, 2003 shows a specific mortality rate for the 85+ age group. For the decade '2010', the results, on the Belgian profile, show an under-mortality in the year 2020 for the age group 0-24 years for both sexes compared to all other years studied. Mortality in the 25-44 age group is fairly equivalent between the years. Mortality in the 45-64 age group shows an increase in mortality in the years 2010 and 2012 compared to the other years that remain grouped together. For the 65-74 and 75-84 age groups, the mortality of the year 2020 is similar to the mortality of the years 2010 and 2012, while the year 2015 becomes intermediate. Mortality in the 85+ age group shows an increase for the year 2020 compared with the other years. It is in this respect that the year 2020 is specific compared to previous years.

The analysis of the data on the European and world profile confirms the results on the Belgian profile and shows how important the structure of the age pyramid is for understanding the Belgian situation in 2020, to such an extent that, a contrario, the analysis on the world profile largely eliminates the excess mortality in that year.

In conclusion, the observation of mortality in 2020 shows a morbid episode essentially linked to the ageing of the population. Poor health management as an aggravating factor cannot be ruled out. It is therefore reasonable to point out the uselessness of the social control measures that were taken regardless of age groups and the need for coherent care in terms of the individual health of our elderly.

 

 

Keywords

Public health ; standard mortality rate ; direct standardisation ; Belgium.

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Introduction

 

La Belgique fut le pays, en Europe, qui montra la mortalité attribuée au covid-19 la plus élevée en 2020. En outre, elle connut une mortalité non négligeable lors de la courte canicule du mois d’août. On peut penser que ce qui est vrai dans ce pays, le sera ailleurs a fortiori, sous réserve de vérification. Nous savons que la structure de la population se modifie au cours du temps et que celle de 2020, par rapport à 2010, comporte proportionnellement plus de vieilles personnes (+38 % pour les 85 ans et plus) et moins de jeunes, pour une population globale qui a augmenté d’environ 650 000 unités pour atteindre 11 493 000 habitant, soit un gain de 6%. Par rapport à l’année 2000, le gain est de 1 250 000 unités, soit 11 %.

La manière de comparer les années entre elles est de standardiser les données. Cela se fait par tranche d’âge et par sexe. C’est ce qu’on appelle une standardisation directe. On utilise une population de référence, souvent fictive, en reportant la proportion de décès observée d’une tranche d’âge pour un sexe donné, à la tranche de référence de la population type choisie. Nous avons choisi trois populations type. D’une part la structure, -pyramide des âges-, de la population belge en 2020. D’autre part, deux populations fictives ‘type’, une « européenne ancienne » et une « mondiale ». Par rapport à la population belge, les tranches d’âge jeunes de ces deux populations fictives sont plus fournies et à l’inverse les tranche d’âge des aînés le sont moins. Pour la première, la concordance avec la structure belge de la population, est d’environ des 2/3 et pour la seconde, d’1/3.

 

 

Méthodes

 

Nous allons comparer les années de la décennie 2000, mais surtout les années de la décennie 2010 et plus particulièrement 2010, 2012, 2015, 2016, 2017, 2018, 2019, à l’année 2020.

Pour cela, nous avons besoin de la structure de la population belge, par tranche d’âge et par sexe, durant l’année 2020 qui sera notre population de référence principale.

Nous avons besoin, selon le même schéma, de la mortalité par tranche d’âge et par sexe des autres années pour réaliser notre comparaison.

Et enfin, nous avons besoin, pour la comparaison « européenne » (OMS, 1990) et « mondiale » (OMS, 2001) de la structure de la population fictive type (la pyramide fictive des âges).

 

Les tranches d’âge proposées par les données de mortalité publiées par les organismes officiels sont : 0-24 ans / 25-44 ans / 45-64 ans / 65-74 ans / 75-85 ans / 85 ans et plus.

Il aurait été plus précis de pouvoir travailler par incrémentation de 5 ou 10 ans, sexe séparé, mais les données de mortalité ne sont pas fournies ainsi.

Lorsque plusieurs classes d’âge sont regroupées (0-74 ans ou l’ensemble), c’est chaque classe d’âge selon le sexe prise séparément qui est sommée et non le regroupement pris comme un tout (comme une nouvelle classe d’âge).

 

Pour la population « européenne », la référence « New standard population of Europe », définie par l’OMS en 1990, a été préférée à la population standard européenne de 2013 pour deux raisons. La première est qu’elle s’éloigne de la population d’aujourd’hui et apparaît intermédiaire avec la population mondiale. Il semblait peu utile de réaliser un exercice avec une structure de population très proche de la structure de la population belge et d’autre part parce qu’elle propose une pyramide des âges dans la classe « femme » différente que celle de la classe « homme ».

 

Sources des données : au niveau des annexes.

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Résultats

 

Le plus simple est d’avancer graphique par graphique.

Les données reprises par les graphiques sont exprimées par 100 000 habitants, tous âges confondus.

 

A/ Population de référence : population belge de 2020.

 

Graphique 1a Population, hommes et femmes confondus, par tranche d’âge, 2000 à 2020. (les données ne sont pas cumulées.)

Les années 2000 et 2005, pour toutes les tranches d’âge, montrent une mortalité (standardisée) supérieure à toutes les années 2010 étudiées et à l’année 2020. Il en est de même pour les autres années de la décennie ‘2000’, sauf 2009 qui est équivalente à 2020 en termes de mortalité totale, mais pas nécessairement selon les classes d’âge (voir plus loin).

Pour la décennie ‘2010’, par rapport à 2020 :

*Pour la tranche d’âge 0-24 ans, il n’y a pas de réelle différence de mortalité entre les années considérées.

*Pour la tranche d’âge 25-44 ans et 45-64 ans, seules la mortalité des années 2010 et 2012 se démarquent des autres années.

*Pour la tranche d’âge 65-74 ans et 75-84 ans, la mortalité de l’année 2020 rejoint la mortalité des années 2010 et 2012, alors que l’année 2015 devient intermédiaire.

*Pour la tranche 85 ans et plus, l’année 2020 se démarque des autres années et la mortalité de l’année 2015 rejoint le tandem 2010 et 2012.

 

Graphique 1b Population, hommes et femmes confondus, par tranche d’âge, 2010 à 2020.

 

Graphique 2b. Population hommes, par tranche d’âge, 2010 à 2020.

*Pour la tranche d’âge 0-24 ans, nous constatons une petite sous-mortalité pour l’année 2020 par rapport à toutes les autres années considérées, tant chez les femmes que chez les hommes.

*Pour la tranche d’âge 25-44 ans, la mortalité ne se démarque pas vraiment, selon toutes les années considérées, tant chez les femmes que chez les hommes. Notons que la mortalité est plus importante dans cette tranche d’âge, ainsi que les deux suivantes, chez les hommes, ensuite cela s’inverse pour les deux dernières tranches d’âge.

*Pour la tranche d’âge 45-64 ans, comme déjà vu, les mortalités des années 2010 et 2012 se détachent, elles sont rejointes par l’année 2015 chez les femmes. La mortalité 2020 reste comparable aux autres années considérées chez les femmes, et se détache légèrement des années 2019-2017, pour être assez semblable aux années 2016 et 2015.

*Pour la tranche d’âge 65-74 ans et 75-84 ans, la mortalité 2020 se détache des années 2019 à 2015, pour rejoindre celle de 2012 et 2010, tant chez les hommes que les femmes.

*Pour la tranche 85 ans et plus, l’année 2020 se démarque des autres années considérées ici. L’année 2015 rejoint le tandem 2010 et 2012, surtout chez les femmes ; chez les hommes, 2015 ressemble plus à 2017.

 

Graphique 3. Regroupement des 4 premières tranches d’âge, population hommes et femmes confondus, 2000 à 2020.

Le nombre total de décès pour l’année 2020 se monte à 127 278 unités. En standardisant sur cette année 2020, les décès 20 ans plus tôt, en 2000, aurait été de 149 457 unités. La différence est significative, de même, par exemple, 17 et 15 ans plus tôt (respectivement 151 963 et 141 215 unités). C’est d’ailleurs vrai pour toutes les années ‘2000’, sauf 2009, équivalente.

 

Pour ce qui concerne les 10 dernières années.

Ce graphique nous apprend que, jusqu’à 75 ans, la mortalité 2020 fait a peu près jeu égal avec l’année 2015, c’est surtout vrai chez les femmes, moins chez les hommes. La légère sous-mortalité 2020 des jeunes tranches d’âge compense la légère surmortalité des âges plus avancés. Ce n’est qu’à partir de 75 ans, que l’année 2020 se démarque réellement des 5 années précédentes pour rejoindre la mortalité de 2010 et 2012 pour la tranche d’âge 76-84 ans, puis la dépasse pour la tranche 85 ans et plus.

Au total, la mortalité de l’année 2020 est légèrement supérieure à celle de 2010, exprimée en taux de mortalité standardisée : 127 278 contre 126 425 décès (soit 1007 décès /100 000 contre 1100 décès /100 000 habitants).1

1Notons que si on retirait l’excès de mortalité lié à la canicule du mois d’août 2020 (~15 décès/ 100 000 habitants), 2010 aurait montré une mortalité supérieure à 2020.

 

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Comparaison 2020 aux années de la décennie ‘2000’

 

Graphique 4. Regroupement de toutes les tranches d’âge, population hommes et femmes confondus.

 

Graphique 4bis. Classe d’âge 85 et plus, population hommes et femmes confondus.

 

Graphique 4ter. Regroupent des trois premières tranches d’âge, population hommes et femmes confondus : moins de 65 ans.

 

Suite à l’étude démographique réalisée par l’équipe de Laurent Toubiana de Paris (Toubiana et al, 2021), qui montrait clairement l’absence d’incidence particulière de la crise « covid » de 2020 en France sur les moins de 65 ans, il a paru utile d’examiner la situation en Belgique.

 

Trois tranches d’âge ont été additionnées (et non fusionnées).

La donnée exacte pour les moins de 65 ans est de 149,6 décès toutes causes sur 100 000 habitants en 2020. Sciensano calcule son 'attendu' (mortalité) sur les 5 dernières années. Statbel calcule son 'attendu' sur les années 2009 à 2018.

Voici les données exactes sur ces fourchettes (en données standardisées) :

- La moyenne des cinq dernières années (2015-2019; sciensano) est de 150,7 décès toutes causes par 100k.

- La moyenne des années 2009-2018 (statbel) est de 163,5 décès toutes causes par 100k.

 

Ces données confirment les données françaises concernant cette classe d’âge. Plus même, si l’on considère les fourchettes proposées par nos Instituts officiels. Indéniablement, les moins de 65 ans sont en très légère sous-mortalité en 2020 selon la fourchette proposée par Sciensano, et fortement en sous-mortalité selon la fourchette proposée par Statbel.

 

Graphique 4quater. Regroupement des 4 premières tranches d’âge, population hommes et femmes confondus.

Toutes les années de la décennie ‘2000’ montre une mortalité nettement supérieure à 2020, sauf l’année 2009 qui est équivalente. L’année 2003 montre la mortalité la plus forte de cette décennie.

Ce qui semble remarquable, par rapport aux années 2006-2009, est le fait que 2020 se démarque une fois de plus pour les âges 85 ans et au-delà. Cependant, la décennie ‘2000’ se caractérise par un phénomène similaire à 2020, avec l’année 2003 qui présente une mortalité spécifique des 85 ans et plus, la plus élevée de la décennie, alors que, durant cette année 2003, les tranches d’âge 0 à 84 ans ne se démarquent quasi pas des autres années. C’était l’année des grandes canicules. Donc ce que nous observons en 2020, certes particulier, n’est pas unique dans notre histoire démographique des 20 dernières années.

Nous trouvons là, cependant, une spécificité réelle de l’année 2020, ainsi que de l’année 2003.

 

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B/ Population de référence, « New standard population of Europe », 2010 à 2020.

 

Cette population fictive de référence présente la caractéristique d’une durée de vie relative des femmes plus longue que celle des hommes. La classe d’âge de 85 ans est assez dégarnie, plus de deux fois moins, avec une accentuation de cette tendance chez les hommes (2,3 fois moins). La classe d’âge des jeunes de 0 à 24 ans est ici un peu renforcée, mais pas de beaucoup (1,2 fois plus).

 

Graphique 5a. Population femmes, par tranche d’âge.

 

Graphique 5b. Population hommes, par tranche d’âge.

 

Dans cette population à la structure des âges plus jeunes, -population européenne ancienne (1990)-, les rapports entre classes d’âge, bien que modifiés, sont conformes à ce que nous avons trouvé sur la structure d’âge belge. (Rappelons que, pour chaque classe d’âge, c’est le taux de mortalité réel de l’année considérée en Belgique qui est appliqué : c’est donc la pyramide des âges, la structure de la population, qui modifie les rapports entre classe d’âge et non le fait intrinsèque qu’il y ait plus ou moins de personnes dans une classe d’âge en Belgique). Ceci renforce l’observation faite sur profil belge que l’augmentation de mortalité constatée en 2020 ne concerne que les populations d’âge avancée.

 

Notons cette différence selon le sexe déjà observée sur le profil belge. Les femmes résistent mieux à la mortalité observée en 2020 pour la classe d’âge 45-64 ans, contrairement aux hommes. Dans le premier cas, il n’y a pas d’excès de mortalité observable, dans l’autre cas, la mortalité est supérieure au 3 années précédentes pour rejoindre celle de 2016.

 

Graphique 6. Regroupement des 4 premières tranches d’âge, population hommes et femmes confondus.

 

Ceci confirme les observations de la section précédente sur la structure belge des populations.

Jusqu’à 75 ans, l’année 2015 montre une mortalité (fictive) équivalente à 2020 (cette fois légèrement plus élevée). Jusqu’à 84 ans, l’année 2012 est équivalente à 2020, et l’année 2010 montre une mortalité (fictive) légèrement supérieure à celle-ci. C’est l’inverse pour la classe d’âge 85 ans et plus où 2020 surpasse toutes les autres classes d’âges.

 

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C/ Population de référence, « Monde », 2010 à 2020.

 

Cette population fictive de référence possède une classe d’âge des jeunes presque double comparativement à celle de la Belgique. Par contre sa classe d’âge 85 ans et plus est 6 fois moins fournie chez les femmes et 3 fois moins chez les hommes.

 

Graphique 7. Regroupement de toutes les tranches d’âge, population hommes et femmes confondus.

Ceci montre que la standardisation directe de la mortalité sur une pyramide des âges est un élément important de compréhension démographique et que dans des pays à la population plus jeune (ou si la Belgique avait eu une population plus jeune), même s’ils avaient subi une mortalité aussi prononcée qu’en Belgique pour les classes d’âge des aînés, cela n’aurait pas eu une grande incidence. En effet, la mortalité (fictive) 2020 totale, dans ces circonstances, aurait ressemblé à 2015 et aurait été inférieure à 2012 et 2010.

 

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Discussion

 

Trois événements ont influencé la courbe de mortalité belge durant l’année 2020 : deux poussées épidémiques de sars-cov-2, celle de mars-avril et celle d’octobre-novembre, ainsi qu’une mortalité non négligeable liée à une canicule qui n’était pas du tout exceptionnelle au mois d’août.

L’histoire, que racontent ces chiffres, -c’est factuel-, est différente de la façade officielle.

Il nous faut également souligner que les années 2000 à 2009 connurent autant (2009) ou plus de décès (les autres années) que l’année 2020. Il ne faut donc pas remonter très loin pour trouver des années avec une mortalité supérieure à 2020 en pyramide belge des âges 2020.

 

Un travail très intéressant a été réalisé par l’Office for National Statistics de Grande-Bretagne qui permet de comparer la mortalité standardisée de plusieurs pays européens de janvier à juin 2020, entre 2015 et 2020, en utilisant la structure fictive de la population européenne de 2013.

Sous réserve de l’exactitude des données fournies à cette époque, certains pays étudiés (l’Allemagne n’y figure pas) ne montreraient pas de réelles différences de mortalité durant cette période entre 2015 et 2020, en ce sens que d’autres années étudiées furent aussi touchées, voire plus. Sont dans ce cas, la Suède, les Pays-Bas, la Suisse ou la France. D’autres au contraire, montreraient une mortalité plus élevée en 2020 par rapport aux 5 années précédentes, comme la Belgique, la Grande-Bretagne, l’Italie ou l’Espagne. Des pays européens qui ont une espérance de vie plus faible (Hongrie, Slovaquie) que les pays dits « occidentaux » montreraient des mortalités plus élevées sur plusieurs années que celles observées chez eux en 2020 (Hongrie : 2015, 2017, 2018 et 2019). Ceci indique que la situation vécue par chacun des pays relève de plusieurs facteurs : l’espérance de vie, la prise en charge, le reporting, la pyramide des âges, etc.

 

Des éléments sont à relever dans les observations présentées ici. D’une part, l’acquis en terme d’espérance de vie de la décennie 2010 par rapport à celle de 2000 apparaît en partie perdu en 2020, spécifiquement au niveau de l’espérance de vie des aînés. L’étude de la décennie ‘2000’ est très parlante à ce niveau. Nous vivons donc une crise qui apparaît essentiellement liée au vieillissement de la population. En effet, jusqu’à l’âge de 64 ans, les populations n’apparaissent pas touchées par les deux phases épidémiques et la canicule, quelles que soient les années étudiées. Plus encore, les jeunes âges présentent une légère sous-mortalité en 2020. Comme les décès sont rares dans cette tranche d’âge, chaque décès pèse sur les résultats. La diminution des accidents pourrait être un élément positif explicatif, mais à l’inverse, l’augmentation des suicides pourrait aller dans l’autre sens. Des études spécifiques devraient être réalisées pour rechercher avec précision les causalités positives et négatives.

Par contre, il y a une augmentation spécifique, particulière, de la mortalité en 2020 pour la tranche d’âge 85 ans et plus que l’on ne trouve pas durant la décennie 2010, ni d’ailleurs pour les années 2006-9, alors que ces quatre années présentent une mortalité équivalent ou supérieure à 2020. Cependant cette spécificité n’est pas unique pour les 20 dernières années, puisque l’année 2003 montre un schéma similaire, précisément une année qui connu une mortalité élevée à cause d’une forte canicule. Notons que c’est un âge qui est supérieur à l’espérance de vie moyenne des Belges, tant chez les femmes (84 ans) que, plus encore chez les hommes (79,6 ans). C’est donc une spécificité de la mortalité observée en 2020 en Belgique. Cette augmentation spécifique de la courbe de mortalité doit être discutée, puisqu’on ne l’observe pour aucune des années antérieures considérées. Cette observation, d’ailleurs, ne se retrouve pas ou très peu dans des pays ne montrant pas ou très faiblement, une augmentation de mortalité générale 2020 par rapport aux autres années, même si, là aussi, les âges de 80 ans et plus furent spécifiquement touchés (par exemple l’Allemagne).

 

 

Comme hypothèse à cette observation, on a avancé un « effet de moisson », en ce sens qu’il y aurait eu une accumulation de personnes fragiles, et c’est vrai que 2019 connut une mortalité faible, qui furent cueillies par le nouveau virus, lequel est apparu fin 2019. Sans mettre en cause cette hypothèse, elle a probablement joué un rôle pour partie, je resterais prudent pour deux raisons. En effet ceci suppose des moments de pause dans l’augmentation continue de l’espérance de vie que nous avons connu jusqu’en 2019. Or, de pause, il n’y en a pas réellement eu, au maximum quelques irrégularités dans la progression (par exemple 2015 sur 2014). Et d’autre part, la vision mécaniste d’un effet de moisson tous les deux ou trois ans n’a pas de sens biologique, elle est constamment présente, avec plus ou moins d’intensité, selon la situation de chaque pays.

 

Une deuxième observation pour expliquer cet excès de décès spécifique, particulier chez les « 85 ans et plus » durant l’année 2020, est le traitement qui fut infligé à nos aînés Ils furent largement enfermés dans leur chambre, sans prise en charge. La mortalité liée à la vague de chaleur du mois d’août, parfaitement évitable, est un indice fort de cet abandon. La consigne pour les médecins était de ne plus se déplacer au chevet des malades, et pour les malades était de rester calfeutrés chez eux jusqu’à guérison ou aggravation. Combien sont décédés ainsi par manque de soins adéquats qui par ailleurs sont efficaces, isolés, se laissant dégrader, n’accédant à l’hôpital que dans des états catastrophiques pour mourir, si ce n’était déjà fait ? Les exemples sont légions et on doit espérer qu’une enquête digne de ce nom sera menée pour comprendre les causes et les conséquences.

 

Toujours est-il que les résultats de cette observation-ci, qui sont similaires à des observations menées dans d’autres pays, vont dans le sens d’arrêter tout contrôle social des moins de 75 ans, et certainement des moins de 65 ans, parce que le risque n’est pas particulièrement différent des autres années. Pour les tranches d’âge supérieures, on peut également poser la question de leur efficacité, mais cette étude-ci ne permet pas d’aborder une hypothèse d’inutilité. Par d’autres chemins, John Ioannidis et al arrivent à des conclusions similaires et ce ne sont pas les seuls. En effet, en tout cas, pour ces tranches d’âge (0-65 ans et même 0-75 ans), en termes de santé publique, on ne décèle pas de risques nets et spécifiques. Et à l’inverse, une prise en charge médicale renforcée des « 85 ans et plus » doit être réfléchie et mise en place. Bien sûr des exemples particuliers peuvent être opposés à ceci, mais cela ne fait pas une politique de santé publique.

 

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Conclusion

L’excès relatif de la mortalité constatée en 2020 en Belgique, réel par rapport à la décennie ‘2010’, mais non par rapport à celle de ‘2000’, apparaît être avant tout, sinon essentiellement, le reflet du vieillissement de la population belge, bien plus que le reflet d’un phénomène infectieux particulièrement dangereux. Une mauvaise gestion sanitaire comme facteur aggravant ne peut être écartée.

 

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Conflit d’intérêt : aucun.

 

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Références

 

 

Rédigé par Christophe de Brouwer

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