Taux de mortalité standardisé en Belgique, 2021 - Standardized Mortality Rate in Belgium, 2021

Publié le 8 Mars 2022

Préprint.

8 mars 2022

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Christophe de Brouwer, MD, PhD

Full-professeur hre de l’École de Santé publique de l’Université libre de Bruxelles.

Correspondance : de.brouwer.christophe@ulb.be

 

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Résumé

Pour comparer la mortalité de différentes années, l’utilisation du taux de mortalité standardisé est la méthode de choix. La méthode de standardisation directe est utilisée, selon le profil belge de la population en 2021. Les années 2000 à 2020 furent observées pour cette comparaison avec l’année 2021 qui se caractérise par l’arrivée de 2 nouveaux variants sars-cov-2, le variant anglais ou alpha et le variant indien ou delta.

Les années de la décennie ‘2010’ montrent une mortalité systématiquement inférieure à la décennie 2000. L’année 2020, quant à elle, est équivalente à l’année 2009, puis montre un taux de mortalité standardisé systématiquement inférieur aux autres années de cette décennie. Comme l’année 2020, l’année 2003 montre une mortalité spécifique de la tranche d’âge 85 ans et plus, c’était l’année de la grande canicule.

L’année 2021 est la deuxième meilleure année en taux de mortalité standardisé de tous les temps, seule 2019 est un peu meilleure. Elle est par contre la meilleure globalement pour les femmes, ainsi que pour les hommes et femmes de plus de 85 ans, ce qui correspond probablement à un effet de contre-moisson.

En conclusion, l’observation de la mortalité de 2021 est extrêmement banale et suit l’évolution séculaire d’une diminution du taux de mortalité standardisé, ce qui correspond à un allongement de l’espérance de vie dans notre pays.

 

Mots clés. Santé publique ; taux de mortalité standardisé ; standardisation directe ; mortalité ; Belgique.

 

Abstract

To compare mortality in different years, the use of the standardized mortality rate is the method of choice. The direct standardisation method is used, according to the Belgian population profile in 2021. The years 2000 to 2019 were observed for this comparison with the year 2021, being characterised by the arrival of 2 new sars-cov-2 variants, the English or alpha variant and the Indian or delta variant.

The years of the '2010' decade show systematically lower mortality than the 2000 decade. The year 2020, on the other hand, is equivalent to the year 2009, and then shows a systematically lower standardised mortality rate than the other years of this decade. Like 2020, 2003 shows specific mortality in the 85 and over age group, it was the year of the great heat wave.

The year 2021 is the second best year in standardised mortality rate ever, only 2019 is slightly better. However, it is the best overall for women, as well as for men and women over 85, which probably corresponds to a counter-harvesting effect.

In conclusion, the mortality observation for 2021 is trivial and follows the secular trend of a decrease in the standardised mortality rate, which corresponds to an increase in life expectancy in our country.

 

Keywords. Public health ; standard mortality rate ; direct standardisation ; Belgium.

 

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Introduction

 

L’analyse globale de la mortalité nécessite de rendre les choses comparables et en l’occurrence de rendre une année comparable à une autre. Un travail similaire avait été réalisé il y a un an, travail qui comparait les taux de mortalité standardisés des années 2000 à 2020, en prenant comme population type celle du 1er janvier 2020. Cela semblait judicieux à cette époque puisque la Belgique fut le pays, en Europe, qui déclara la mortalité attribuée au covid-19 la plus élevée au cours de cette année.

La même méthode est utilisée pour l’année 2021, en prenant comme population type celle du 1er janvier de cette année. En agissant ainsi, les taux standardisés des années précédentes se modifient légèrement puisque, entre 2020 et 2021, la population a légèrement augmenté (+28 600 personnes) et un peu vieilli (âge moyen au premier janvier 2021 est de 41,98 ans contre 41,88 en 2020 et 41,76 en 2019: on remarque qu'il n'y a aucune césure en 2020 sur cet indicateur. Données Bureau fédéral du plan et Statbel).

Cette standardisation se fait par tranche d’âge et par sexe, par la méthode appelée standardisation directe (qui utilise comme référent une population type et non pas le calcul d’un attendu ce qui serait une standardisation dite indirecte). La population de référence est généralement fictive, en reportant la proportion de décès observée d’une tranche d’âge pour un sexe donné, à la tranche de référence de la population type choisie. De façon à rester le plus possible dans la réalité actuelle belge, nous avons préféré utiliser une population de référence réelle et récente et non pas fictive, celle du 1er janvier de l’année 2021.

 

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Méthodes

 

Nous allons comparer les années de deux décennies 2000 et 2010, ainsi que l'année 2020, à l’année 2021.

Notre population de référence est la population belge au 1er janvier 2021. (Pour l’étude précédente concernant l’année 2020, la population de référence fut celle au 1er janvier 2020.)

Nous avons besoin, selon le même schéma, de la mortalité par tranche d’âge et par sexe des autres années pour réaliser notre comparaison.

 

Nous utiliserons les mêmes tranches d’âge que celles qui furent choisies lors de l’étude précédente portant sur l’année 2020 et proposées pour les données de mortalité publiées par les organismes officiels : 0-24 ans / 25-44 ans / 45-64 ans / 65-74 ans / 75-85 ans / 85 ans et plus.

 

Lorsque plusieurs classes d’âge sont regroupées (0-64 ans ou l’ensemble), c’est chaque classe d’âge selon le sexe prise séparément qui est sommée et non le regroupement pris comme un tout (comme une nouvelle classe d’âge), de façon à maintenir l’aspect standardisé des données.

 

Sources des données : au niveau des annexes.

 

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Résultats

 

Le plus simple est d’avancer graphique par graphique.

Les données standardisées reprises par les graphiques sont exprimées par 100 000 habitants, tous âges confondus.

 

Graphique 1a Population, hommes et femmes confondus, par tranche d’âge, 2000 à 2021.

 

 

L’année 2021 est la deuxième meilleure année des 20 dernières années (en réalité de tous les temps), juste après celle de 2019.

Les années 2000 et 2005, pour toutes les tranches d’âge, montrent une mortalité (taux standardisé) supérieure à toutes les années de 2010 à 2021, en ce compris 2020. Il en est de même pour les autres années de la décennie ‘2000’, sauf 2009 qui est équivalente à 2020 en termes de mortalité totale, mais pas nécessairement selon les classes d’âge (voir plus loin).

 

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Graphique 1b Population, hommes et femmes confondus, par tranche d’âge, 2010 à 2021.

 

 

Les données de 2021 sont un peu moins favorables que 2019, l’année avec le taux de mortalité standardisé le plus bas, pour toutes les tranches d’âge, sauf la tranche d'âge 85 ans et plus.

Par rapport à toutes les autres années, tant 2021 que 2019 sont les plus favorables.

 

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Graphique 2a. Population femmes, par tranche d’âge, 2010 à 2021.

 

 

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Graphique 2b. Population hommes, par tranche d’âge, 2010 à 2021.

 

 

 

Le taux de mortalité standardisé de la tranche d’âge des 85 ans et plus de 2021 est le plus bas depuis l’année 2000. Il en est de même pour la mortalité des femmes tous âges confondus. En fait, c’est la mortalité des hommes de moins de 85 ans qui se démarque légèrement dans le mauvais sens en 2021 par rapport à 2019. Néanmoins, cette mortalité masculine reste nettement meilleure que celle de 2020, mais aussi de toutes les années qui précèdent 2019.

 

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Graphique 3. Cumul des 4 premières tranches d’âge, population hommes et femmes confondus, 2000 à 2021.

 

 

  • Pour 2021, le nombre de décès se monte à 112 390 unités.

  • Pour 2020, le nombre de décès standardisé se monte à 127 384 unités.

  • Pour 2012, le nombre de décès standardisé se monte à 125 406 unités.

  • Pour 2010, le nombre de décès standardisé se monte à 126 590 unités.

  • Pour 2009, le nombre de décès standardisé se monte à 127 219 unités.

  • Pour 2005, le nombre de décès standardisé se monte à 141 324 unités.

  • Pour 2000, le nombre de décès standardisé se monte à 149 713 unités.

     

Comme on peut l’observer, 2009 est équivalent à 2021 en termes de taux de mortalité standardisé. Cependant la structure de la mortalité est différente. Si en 2021, ce sont les âges avancés qui contribuent le plus à la mortalité, au contraire, en 2009, ce sont les âges plus jeunes qui y contribuent. Il en est de même pour 2010.

 

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Comparaison 2021 aux années 2000 à 2020

 

Graphique 4. Cumul de toutes les tranches d’âge, population hommes et femmes confondus.

 

 

L'année 2021 apparaît excellente, la deuxième meilleure de « tous les temps », alors que l'année 2003 est la pire sur l’intervalle étudié (2000-2021), c’est l’année de la grande canicule.

 

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Graphique 4bis. Cumul des trois premières tranches d’âge, population hommes et femmes confondus : les moins de 65 ans.

 

 

Suite à l’étude démographique réalisée par l’équipe de Laurent Toubiana de Paris (Toubiana et al, 2021), qui montrait clairement l’absence d’incidence particulière de la crise « covid » de 2020 en France sur les moins de 65 ans, il a paru utile d’examiner la situation en Belgique.

La donnée exacte, en chiffres standardisés profil 2021, pour les moins de 65 ans, est de 149,1 décès toutes causes sur 100 000 habitants en 2020, contre 144,4 en 2021. La différence est faible.

Comme on peut le constater, la mortalité des moins de 65 ans est quasi équivalente entre 2016 et 2021. Les différences sont réellement minimes, 2017 est équivalent à 2020.

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Graphique 4ter. Classe d’âge 85 et plus, population hommes et femmes confondus.

 

 

Globalement l'année 2021, pour la tranche d’âge 85 ans et plus, est la plus favorable de « tous les temps ». Cet effet est essentiellement obtenu par une mortalité très basse chez les femmes de ces âges.

 

Ce qui semble remarquable est le fait que l'année 2020 se démarque fortement pour les âges 85 ans et au-delà. Il faut remonter à 2005 pour observer une année moins bonne. Mais ensuite, en remontant le temps, elles le sont toutes. Cependant, la décennie ‘2000’ se caractérise par un phénomène similaire à 2020, avec l’année 2003 qui présente également une mortalité spécifique des 85 ans et plus, la plus élevée de la décennie, alors que, durant cette année 2003, les tranches d’âge 0 à 84 ans ne se démarquent quasi pas des autres années. C’était l’année de la grande canicule. Donc, ce que nous observons en 2020, certes particulier, n’est pas unique dans notre histoire démographique des 20 dernières années.

Nous trouvons là, une spécificité réelle de l’année 2020 et de l’année 2003 par rapport aux autres années 2000-2021.

 

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Discussion

 

L'année 2021 a connu deux événements de sars-cov-2, une en mars-avril (le variant anglais) et une de longue durée avec la variant indien (delta) au cours du 3e quadrimestre de l’année. Ces deux événements n’ont pas causé d’augmentation de mortalité générale. Ce fut le contraire durant l’événement variant anglais où une sous-mortalité temporaire a pu être observée . Dès lors le terme de poussée épidémique est impropre pour ces deux événements.

 

On pourrait arguer que cette mortalité générale « normale » durant ces deux événements est la résultante heureuse de la vaccination-thérapie génique.

Cependant, cette interprétation ne semble pas correcte. En mars-avril, la couverture vaccinale 2 doses plus 14 jours est faible car débutante. Dès lors ce n’est certainement pas vrai pour cet événement.

Pour l’événement du 3e quadrimestre, c’est l’inverse, la couverture vaccinale est étendue. Cependant, plusieurs observations montrent que l’effet conjugué d’un résistance relative du variant indien aux vaccins-thérapies géniques et d’une chute dramatique de protection à trois mois de la deuxième dose, rend l’hypothèse caduque (Hansen et al). Pour la Belgique, durant le creux saisonnier des mois d’été, une différence nette de fréquentation de l’hôpital entre vaccinés (peu nombreux) et non-vaccinés semblent observable. Mais c'est une période où de toute façon le nombre de malades du covid étaient au plus bas. L'été 2020 (aucune couverture vaccinale) ainsi que l'été 2021 (couverture vaccinale étendue) montrent des chiffres hospitaliers parfaitement comparables : la saison d’été 2020 est cependant légèrement meilleure que la saison d’été 2021, ce qui semble paradoxal compte tenu de la couverture vaccinale en 2021. Ensuite, les mois de septembre et octobre se sont trouvés en phase transitoire et à partir de novembre, le nombre de vaccinés qui fréquentaient l’hôpital pour cause attribuée au covid (que ce soit vrai ou faux) dépassaient très largement celui des non-vaccinés, signant une perte importante sinon complète d’efficacité vaccinale. Avec la dose booster (3e dose), le nombre de vaccinés fréquentant l’hôpital a chuté partiellement, restant néanmoins supérieur à celui des non-vaccinés dont la courbe est restée stable (ce qui démontre l’absence de poussée à caractère épidémique). Ensuite la courbe des vaccinés est remontée fortement, au niveau antérieur, seulement deux mois après cette 3e dose (Graphiques n°63).

 

L’année 2021 montre une augmentation faible de sa mortalité toutes causes par rapport à l’attendu en fin d’année. Cette augmentation est cependant bien plus importante que celle liée à la mortalité attribuée au covid qui n’a pas beaucoup bougé, même durant cette période spécifique. La différence est d’autant plus significative que la mortalité attribuée au covid semble fortement sur-estimée : ces décès associés au covid-19 devraient sans doute être divisés par deux pour approcher la réalité, selon Geodes de l’Institut national de Santé public français. Une autre étude intéressante de l’Institut de santé italien, montrerait que seulement 2,9 % de la mortalité attribuée au covid n’est pas grevée d’une co-moridité. Cette augmentation relative ne peut donc avoir été causée par l’événement sars-cov-2 lié au variant indien, sinon marginalement, mais trouve une ou des causes différentes. Malheureusement la politique du tout covid de nos gouvernants empêche d’investiguer cette dimension.

 

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Conclusion.

L’année 2021 est une « bonne » année en termes de mortalité, la deuxième meilleure après 2019. Tant pour les femmes que pour la tranche d’âge, hommes et femmes, de 85 ans et plus, cette année 2021 est la meilleure de toutes. L’observation est décevante pour les hommes par rapport aux femmes. Les causes de cette très relative mauvaise performance ne sont pas connues. La vaccination de masse contre le covid ne semble pas avoir influencé, globalement, ces bons résultats, dans un sens ou dans l’autre. Sur le plan individuel, c’est une autre question.

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Conflit d’intérêt : aucun.

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Références.

 

 

Données utilisées.

 

Rédigé par Christophe de Brouwer

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